En bref
- Citroën Ami (quadricycle électrique) s’est imposée comme une microcar de mobilité urbaine pensée pour l’usage simple, robuste et accessible, y compris dès 14 ans selon la réglementation française des quadricycles légers.
- Le surnom Superdeuche n’est pas un gadget : il renoue avec une logique Citroën historique, celle de faire beaucoup avec peu, sans se prendre pour une limousine.
- La lignée “Ami” des années 60-70 (Ami 6, Ami 8, Ami Super) raconte une stratégie : combler l’espace entre 2CV et DS, avec des choix d’ingénierie parfois brillants, parfois casse-cou.
- L’Ami 6 a assumé un design audacieux (lunette inversée) et a trouvé son salut avec le break, devenu majoritaire dans les ventes.
- Le marché collection des Ami thermiques grimpe : une Ami 6 break se voit souvent entre 6 000 et 8 000 €, une berline pouvant viser 10 000 € selon état et authenticité ; l’Ami 8 reste plus douce, souvent autour de 3 000 €.
| Modèle | Période | Moteur / puissance | Particularité technique ou de carrosserie | Ordres de prix observés (marché FR, repères 2026) |
|---|---|---|---|---|
| Citroën Ami 6 | 1961-1969 | 602 cm³, env. 22 ch puis 26 ch (selon évolutions) | Lunette arrière inversée, 3 volumes à malle ; break dès 1964 | Break 6 000–8 000 € ; berline jusqu’à ~10 000 € |
| Citroën Ami 8 | 1969-1979 | 602 cm³, env. 35 ch (carbu double corps) | Style adouci par Opron ; disques AV dès 1969 sur certaines évolutions | Souvent autour de 3 000 € ; versions rares plus haut |
| Citroën Ami Super | 1973-1976 | 4 cyl. 1 015 cm³ (base GS), puissance supérieure à l’Ami 8 | Renforts châssis/freinage ; positionnement “6 CV” | Dès ~4 000 € ; rareté marquée, Service encore plus haut |
| Citroën Ami (électrique) | Depuis 2020, évolutions de style en cours | voiture électrique (quadricycle) | Architecture symétrique, portes antagonistes selon versions ; usage citadin | À partir d’environ 8 190 € selon versions/offres ; location possible |
Citroën Ami et “Superdeuche” : quand la microcar électrique reprend la vieille recette du bon sens
Une Citroën Ami moderne, posée sur un pavé luisant après l’orage, a un petit quelque chose d’outil d’atelier. Pas l’outil flambant neuf qu’on hésite à rayer, plutôt celui qu’on attrape sans réfléchir parce qu’il tombe juste sous la main. La petite voiture ne cherche pas à séduire à coups de chromes, elle cherche à rendre service : aller, revenir, se garer, recommencer, sans faire de cérémonial.
Le mot Superdeuche revient souvent, parfois avec une tendresse un peu moqueuse. Il faut l’entendre comme une filiation d’esprit plutôt que comme une filiation technique. La 2CV était une réponse industrielle à une France rurale qui voulait se déplacer à coût maîtrisé ; l’Ami électrique répond à une mobilité urbaine contrainte, pressée, souvent bornée par la place disponible et la réglementation. Les époques ne se ressemblent pas, mais la logique est cousine : simplifier, alléger, rendre l’usage évident.
Ce qui frappe dans la microcar, c’est sa franchise de conception. Le gabarit compact, la vitesse limitée par son statut de quadricycle, l’habitacle réduit à l’essentiel : l’ensemble donne une sensation de produit dessiné au compas, comme un patron de couture. Le résultat peut faire sourire, mais c’est un sourire utile. Dans la circulation dense, cette compacité n’est pas une posture, c’est une tactique.
La Citroën Ami moderne revendique aussi un design audacieux qui ne s’excuse pas. L’objet est presque symétrique, certaines pièces se répondent, et l’on devine derrière ces choix une obsession de rationalisation : limiter le nombre de références, simplifier la fabrication, faciliter la réparation. Sur ce point, la filiation avec les Citroën populaires se lit comme une vieille fiche d’atelier : moins de complexité, moins de surprises, plus de répétabilité.
Le clin d’œil devient intéressant quand il cesse d’être un simple clin d’œil. En ville, une Ami électrique protège des intempéries, impose quatre roues, offre un minimum de sécurité passive par rapport à un deux-roues, et permet à une famille de confier un trajet encadré à un ado — là où autrefois, on confiait une 2CV fatiguée “qui ne craint plus rien” à un étudiant. Même logique, autre décor.
Pour replacer cette Ami contemporaine dans la longue histoire des chevrons, un détour s’impose par les “Ami” thermiques. Le terme Superdeuche et Ami 6 n’est pas qu’un slogan : c’est un morceau de stratégie industrielle, avec ses trouvailles et ses entorses. La suite se joue précisément là, dans la généalogie.
Pourquoi l’Ami 6 a existé : combler le trou béant entre 2CV et DS, sans ruiner la caisse
Entre la fin des années 40 et le début des années 60, la gamme Citroën ressemble à une étagère bancale. Tout en bas, la 2CV (1948) assume l’austérité fonctionnelle ; tout en haut, la DS (1955) incarne l’avant-garde technique et un certain orgueil national. Entre les deux, une clientèle existe, elle vieillit, elle gagne un peu mieux sa vie, elle voudrait un cran au-dessus sans se sentir parachutée dans un salon roulant. Renault, Simca, Peugeot prospèrent dans cet entre-deux.
Le propriétaire de Citroën à l’époque, Michelin, sait compter. Remplir le “milieu” devient une nécessité, mais une nécessité sous contraintes : réutiliser ce qui existe, investir sans se perdre, produire vite, et surtout préserver l’ADN maison. Dans les bureaux d’étude, l’idée d’une “Automobile Milieu de gamme” circule avec une simplicité de libellé presque administrative : projet AM.
Entre 1953 et 1956, l’équipe d’André Lefebvre explore plusieurs pistes. Une dizaine de prototypes naissent, dont certains poussent très loin l’aérodynamisme. Un exemple marquant reste la C10 : légère (environ 382 kg), animée par le bicylindre 425 cm³ de la 2CV, et pourtant capable d’emmener quatre occupants et des bagages grâce à une carrosserie travaillée comme une coque de bateau. Sur le papier, c’est élégant. Dans l’usine, c’est moins aimable : industrialisation délicate, formes trop futuristes pour un marché encore très conservateur.
Les ingénieurs et les décideurs reviennent à une idée plus pragmatique : au lieu de créer un “petit haut de gamme”, créer une “grande populaire”. Une innovation automobile n’est pas forcément un organe nouveau ; parfois, c’est l’art de combiner des pièces connues pour obtenir un usage inédit. La suspension hydropneumatique façon DS fait rêver, mais elle coûte. Alors l’option retenue devient une “Super 2CV” mieux logée, mieux présentée, plus familiale, sans changer de philosophie.
Le cahier des charges impose un format raisonnable (moins de 4 mètres), une base technique dérivée de la 2CV (châssis et architecture), et une carrosserie à trois volumes avec une vraie malle. Le hayon, jugé trop utilitaire par une partie de l’état-major, n’est pas dans l’ADN du projet initial. C’est ici qu’intervient Flaminio Bertoni et sa fameuse lunette arrière inversée, en “Z”. Le truc est malin : dégager de la place pour les têtes à l’arrière, autoriser une malle, et éviter que la pluie s’accumule sur la vitre. Une solution de menuisier : une pièce inclinée pour que l’eau prenne le bon chemin.
La mécanique suit. Avec l’embonpoint de la caisse (malgré l’usage de polyester pour le toit), le 425 cm³ devient trop timide. Le passage au 602 cm³, autour de 22 ch dans ses premières configurations, permet de viser plus de 100 km/h — non pas pour jouer au héros, mais pour cesser d’être un obstacle sur nationale. Le châssis reste proche de la 2CV, avec quatre roues indépendantes et ce système de tirants et ressorts horizontaux qui donne ce moelleux typiquement Citroën. Les tambours avant grossissent pour encaisser le poids.
Dans l’habitacle, Citroën soigne la sensation : sièges plus épais, volant monobranche inspiré de la DS, présentation simple mais moins frugale que celle d’une deuche. Le nom, enfin, est une trouvaille de bureau : “Ami” reprend l’AM du projet, et le “6” évoque la cylindrée, pas la puissance fiscale. Une voiture pensée comme seconde auto du foyer, presque “voiture de madame” dans la sociologie de l’époque. La route va se charger du reste.
La Citroën Ami 6 sur la route : défauts de jeunesse, break providentiel et petites humiliations infligées aux moqueurs
Avril 1961 : l’Ami 6 sort de l’usine de Rennes et se montre. Elle fait parler, et pas toujours pour les bonnes raisons. Les phares rectangulaires surprennent, la lunette inversée divise, et la mise au point des premiers exemplaires n’a rien d’un conte de fées. Les tôles jugées minces, des soucis d’eau qui stagne dans les gouttières et vient rappeler sa présence au freinage, et surtout des cardans homocinétiques fragiles sur les premiers modèles. Là, la plaisanterie cesse : sur certaines configurations initiales, si la transmission souffre, le freinage accolé à la boîte peut devenir inopérant. Dans un atelier, ce genre de phrase fait lever un sourcil et poser la clé de 13.
Une fois les correctifs apportés, l’Ami 6 révèle ce que Citroën sait faire : une auto qui accepte d’être menée “pied au plancher” sans se plaindre, et qui, à vitesse égale, donne l’impression d’aller moins vite grâce au confort de suspension. C’est une qualité qui ne se lit pas dans une brochure, mais dans le dos du conducteur après 200 km. Le millésime 1962 amène un détail d’usage : des vitres arrière partiellement coulissantes. Rien de spectaculaire, mais un progrès de quotidien.
Parenthèse américaine : l’Ami 6 qui change de visage pour traverser l’Atlantique
Fin 1962, Citroën tente les États-Unis avec une variante spécifique : deux optiques rondes, ajouts chromés, calandre en inox, et un moteur donné autour de 26 ch, accompagné d’amortisseurs hydrauliques. À l’intérieur, les pédales suspendues surprennent sur une Citroën populaire. L’aventure restera marginale : quelques dizaines d’exemplaires, pas de raz-de-marée. Elle dit pourtant quelque chose : Citroën cherche, teste, et accepte parfois de perdre un peu d’argent pour apprendre.
Malgré des évolutions, les ventes baissent dès 1963. Il faut un geste. Le geste s’appelle break. En janvier 1964, Citroën lance une carrosserie plus utilitaire, plus provinciale, plus “vraie vie”. Ironie de l’histoire : ce hayon, d’abord refusé, devient la clé. La ligne est plus consensuelle, l’espace utile grimpe, et l’Ami 6 va chasser la clientèle de la 2CV et de la Renault 4. Les publicités changent de décor : moins de trottoirs, plus de chemins.
Le break finit même par dominer : au bout d’un an, il représente environ les deux tiers des ventes. En 1966, passage au 12V, puis refonte de détail (calandre à barres horizontales, tableau de bord revu, insonorisation). La consécration arrive quand la concurrence se disperse : l’Ami 6 devient la voiture la plus vendue en France à la fin de 1966. Comme souvent, l’histoire se nourrit de contextes et pas seulement de produits.
Et puis Citroën aime répondre aux moqueries par des démonstrations. En janvier 1966, trois Ami 6 partent de Rennes pour un tour d’Europe d’environ 3 323 km, bouclé à plus de 90 km/h de moyenne. En décembre, le “Tour de Gaule d’Amisix” aligne environ 2 077 km à 90 km/h de moyenne ; deux voitures terminent. La performance ne transforme pas l’Ami 6 en sportive, mais elle cloue le bec à ceux qui confondent petite cylindrée et incapacité totale.
En octobre 1967, la finition Club apparaît sur le break : optiques empruntées à l’export, enjoliveurs, présentation plus cossue. En 1968, feux arrière modernisés, arrivée d’un moteur porté à 35 ch avec carburateur double corps et boîte revue. La fin est rapide : en 1969, l’Ami 8 arrive. Bilan : 1 039 384 Ami 6 produites en huit ans, dont 551 880 breaks. Le break n’a pas sauvé l’Ami 6 : il l’a définie.
De l’Ami 8 à l’Ami Super : moderniser sans trahir, puis tenter la greffe GS avec des résultats contrastés
Quand Robert Opron prend la main sur l’évolution, l’objectif est clair : calmer le visage sans couper le lien de parenté. La lunette inversée disparaît, la caisse se rationalise, tout en conservant l’idée d’un coffre et la possibilité d’un break. Le capot devient moins plongeant, les projecteurs rectangulaires se logent dans un habillage chromé, la calandre adopte un trapèze. Certaines pièces restent communes à l’Ami 6 : on ne jette pas un outillage comme on jette un mouchoir.
Techniquement, l’Ami 8 reste une cousine proche : 602 cm³, mais avec carburateur double corps et puissance annoncée autour de 35 ch (configuration M28), associée à une boîte 4 repensée. Le réservoir gagne en capacité, une barre antiroulis apparaît. L’intérieur progresse : meilleure position de conduite, ambiance plus “voiture” que “cabane roulante”.
Mars 1969 : présentation au salon de Genève. Deux niveaux de finition se partagent l’affiche, Confort et Club, avec des prix d’époque qui donnent le vertige quand ils se transforment en euros, mais qui, à l’époque, positionnent l’auto dans un entre-deux très disputé. Les options racontent une époque : ceintures de sécurité, embrayage centrifuge, autoradio. La modernité arrive vite : dès juillet 1969, adoption de freins à disques à l’avant, commandés par un circuit hydraulique au LHM. Sur une populaire, ce n’est pas un détail ; c’est une petite leçon de sérieux mécanique.
Les breaks apparaissent à l’automne 1969, avec un hayon plus grand et un seuil de chargement plus bas que sur l’Ami 6. Dans l’ombre, Citroën prépare la vraie réponse au “milieu de gamme” : la GS (1970), qui se place au-dessus des bicylindres. Pour comprendre cette bascule, un détour par la trajectoire de la Citroën GS éclaire les choix industriels : quand la GS arrive, l’Ami 8 cesse d’être centrale.
Les évolutions deviennent plus discrètes. La concurrence est féroce, y compris en interne avec la Dyane 6. L’Ami 8 continue pourtant sa carrière, avec des touches successives (tableau de bord, volant, circuit de freinage doublé, ceintures à enrouleur en 1977). La berline s’arrête en juin 1978, les breaks en mars 1979. Production : 755 955 Ami 8, dont 386 582 breaks. Moins flamboyante que l’Ami 6, mais plus homogène, plus “voiture”.
L’Ami Super : la greffe du 4 cylindres de GS, ou quand la fiche technique bouscule l’esprit
En 1973 arrive l’Ami Super. L’idée est tentante : prendre le 4 cylindres 1 015 cm³ de la GS (positionnement fiscal 6 CV), renforcer châssis et freinage, ajouter une seconde barre antiroulis, et proposer une Ami qui respire enfin. On la reconnaît à ses aérations supplémentaires et à son badge 1015. Sur le papier, c’est la “Superdeuche” qui aurait mangé de la soupe.
Dans la vraie vie, la greffe a ses effets secondaires : consommation en hausse, fiabilité discutée, et une personnalité qui s’éloigne de l’économie tranquille de l’Ami 8. Résultat : carrière courte, arrêt progressif en 1975-1976 selon versions, avec 44 820 exemplaires produits environ. Une Ami Super saine est une voiture attachante, mais elle se mérite : comme un vieux rabot qui coupe bien, à condition de l’affûter souvent.
Cette histoire des Ami thermiques prépare un terrain : celui d’une Citroën qui a toujours bricolé intelligemment son milieu de gamme, quitte à essuyer des plâtres. C’est exactement ce que la Citroën Ami électrique refait aujourd’hui, mais avec une batterie à la place d’un carburateur.
Marché, usage et atelier : acheter une Ami vintage, restaurer sans se ruiner, et comprendre la place de l’Ami électrique
Le marché de la voiture vintage adore les paradoxes : ce qui était “pas cher” devient désirable, donc cher. Les Ami n’échappent pas à la règle. Les cotes varient selon l’authenticité, l’état de caisse, la qualité des travaux, et le niveau de conformité (électricité, sellerie, détails de finition). En repères actuels, une Ami 6 break tourne souvent entre 6 000 et 8 000 €, une berline peut viser 10 000 € quand elle est propre et juste. L’Ami 8 reste plus accessible, souvent autour de 3 000 €, et c’est précisément ce qui la rend intéressante pour qui veut rouler sans sanctifier.
Le fil conducteur se glisse facilement dans un cas concret : un artisan du coin, appelons-le Lucien, cherche une ancienne pour aller au marché le dimanche, transporter deux cageots et une caisse à outils, et arriver sans jouer au musée. Une Ami 8 break vitrée lui fait de l’œil : pièces relativement disponibles, mécanique connue, et un confort qui pardonne les départementales granuleuses. La question n’est pas “est-ce que ça prend 130 ?” mais “est-ce que ça démarre tous les matins et est-ce que ça freine droit ?”.
Check-list d’atelier : ce qui transforme une “bonne affaire” en facture salée
La restauration d’une Ami n’est pas une punition, mais elle exige méthode. Les points suivants reviennent comme des nœuds dans le bois : si l’un casse, tout travaille de travers.
- Corrosion de structure : bas de caisse, planchers, passages de roue, points d’ancrage. Une belle peinture ne remplace pas une tôle saine.
- Trains roulants : jeux, usure, état des tirants/ressorts horizontaux. Le confort Citroën vient d’une géométrie en forme, pas d’une prière.
- Freinage : tambours (Ami 6) ou disques avant (certaines Ami 8). Une pédale longue raconte souvent un circuit fatigué.
- Électricité : passage 6V/12V selon millésime, faisceau bricolé, masses capricieuses. Un clignotant muet est parfois un roman.
- Moteur 602 : compressions équilibrées, fuites, carburation, refroidissement par air. Un bicylindre qui “tape” n’a pas besoin d’encouragement, il a besoin d’ouverture.
La question des pièces n’est pas insoluble, surtout si l’on accepte la patience et les refabrications. Les clubs, les bourses, et les spécialistes permettent d’éviter les montages hasardeux. Dans ce paysage, la Citroën Ami électrique joue un rôle inverse : elle n’appelle pas la restauration, elle appelle l’usage. Elle devient la voiture qu’on prend quand on ne veut pas se salir les mains, tout en gardant une forme de logique Citroën : simplicité et efficacité d’emploi.
L’Ami électrique se positionne aussi par son prix et ses formules : annoncée autour de 8 190 € selon versions, parfois proposée en offres locatives. Dans certains cas, le coût d’usage et la tranquillité prennent le pas sur l’affect. Ce n’est pas une trahison du patrimoine : c’est un autre tiroir de la même commode. Pour comprendre ce que Citroën sait faire quand elle vise le décalage et la singularité, un détour par un essai de Citroën SM en grand tourisme rappelle que la marque a toujours eu deux mains : une pour le populaire, l’autre pour l’excentrique sophistiqué.
Dans la ville, la microcar électrique est une réponse à la densité : stationnement, petits trajets, météo, sécurité minimale, et une ergonomie qui accepte l’imperfection des journées pressées. Dans la campagne, l’Ami thermique conserve un charme d’outil : on la règle, on l’écoute, on la comprend. Deux objets, deux époques, une même idée : faire rouler des gens qui n’ont pas envie de faire des manières. Et c’est précisément là que la “renaissance” prend sens, sans grand discours.
Quelle est la différence essentielle entre la Citroën Ami électrique et les Ami 6/8 d’époque ?
La Citroën Ami électrique est un quadricycle pensé pour la mobilité urbaine, avec une architecture simplifiée et une chaîne de traction électrique. Les Ami 6/8 sont des voitures thermiques (bicylindre 602 cm³ pour l’essentiel) conçues pour combler un milieu de gamme populaire, avec une logique de réemploi de pièces 2CV et une vraie vocation routière pour l’époque.
Pourquoi la lunette inversée de l’Ami 6 est-elle devenue un symbole ?
Parce qu’elle résume un design audacieux au service de l’usage : dégagement pour les passagers arrière, vraie malle, et une vitre moins exposée aux dépôts de pluie et de neige. Elle a aussi cristallisé la controverse au lancement, ce qui a renforcé sa présence dans la mémoire collective.
Combien d’exemplaires d’Ami 6 et d’Ami 8 ont été produits ?
Environ 1 039 384 Ami 6 ont été produites (dont 551 880 breaks). Pour l’Ami 8, la production s’établit autour de 755 955 exemplaires (dont 386 582 breaks). Ces volumes expliquent en partie la disponibilité relative des pièces et l’écart d’image entre les deux modèles.
À quel budget s’attendre pour une Ami 6 ou Ami 8 en bon état en France ?
En repères de marché actuels, une Ami 6 break se rencontre fréquemment entre 6 000 et 8 000 €, tandis qu’une berline peut grimper vers 10 000 € si elle est saine et conforme. L’Ami 8 reste souvent autour de 3 000 €, avec des variantes rares (Service, configurations spécifiques) pouvant viser plus haut.
Quels sont les pièges classiques lors d’une restauration d’Ami ?
La corrosion structurelle (planchers, bas de caisse, ancrages), les trains roulants fatigués, un freinage négligé, un faisceau électrique bricolé, et un moteur 602 mal réglé ou usé de façon inégale. Une inspection méthodique et des travaux documentés valent mieux qu’une voiture ‘belle de loin’.