En bref
- Design subtil signé Pininfarina : une ligne épurée, légère visuellement, sans démonstration inutile.
- Une voiture élégante au sens artisanal du terme : proportions justes, détails rares, chromes posés comme un filet de vernis.
- La Peugeot 504 Coupé Série 1 (2,0 l injection) combine un châssis très sérieux et une ambiance de grand tourisme à la française.
- Avec la boîte automatique ZF à 3 rapports, la puissance discrète du 4 cylindres se vit en souplesse, pas en attaques au freinage.
- En usage réel, la conduite agréable tient autant au confort qu’à une tenue de route difficile à prendre en défaut sur route bosselée.
- Marché 2026 : une voiture de collection encore accessible, mais la qualité de carrosserie (rouille) fait le prix plus que le kilométrage.
Essai auto Peugeot 504 Coupé : l’ouverture de porte qui sent la France bien peignée
Une portière de coupé des années 70 ne se referme pas, elle s’applique. Le geste est net, la tôle répond avec ce “clac” feutré qui a l’air de provenir d’un atelier plutôt que d’une chaîne. La Peugeot 504 Coupé, surtout en Série 1, donne cette sensation immédiate : pas une sportive en baskets, plutôt une grande marcheuse en chaussures cirées.
Le fil conducteur du jour s’appelle Gérard, personnage fictif mais parfaitement plausible. Un notaire de province, moustache disciplinée, qui a choisi le coupé non pour faire parler les voisins, mais pour voyager avec une forme de calme bien assumée. Gérard ne cherche pas la performance automobile comme un trophée ; il veut une auto qui sait tenir une trajectoire et préserver les passagers, même quand la route a le dos d’un vieux tonneau bourguignon.
Cette 504 Coupé, c’est aussi une façon d’expliquer le paradoxe français : un style français capable d’adopter une coupe italienne sans perdre sa diction. Pininfarina ne s’est pas contenté de retoucher une berline ; le coupé et le cabriolet sont des silhouettes à part, assemblées à Turin. Le dessin paraît simple, presque évident, et c’est précisément ce qui le rend coûteux à reproduire : des volumes propres, des montants fins, un pavillon qui semble flotter au-dessus de la ligne de caisse comme une toile bien tendue.
Sur la Série 1, la face avant est celle des puristes du détail : quatre phares rectangulaires, une calandre à barres chromées, et le lion qui n’a pas encore adopté la grimace plus massive du restylage de 1974. À l’arrière, les feux à trois stries jouent une fantaisie discrète ; un motif que Peugeot réinventera bien plus tard, preuve qu’une bonne idée vieillit comme un cuir entretenu, pas comme un plastique oublié au soleil.
Il ne faut pas compter sur la 504 Coupé pour faire du théâtre. Un jonc chromé souligne le bas de caisse, un petit logo Pininfarina sur l’aile rappelle l’origine du tailleur, et les jantes au dessin travaillé font mine d’être ajourées alors qu’elles sont presque pleines. Une voiture classique qui ne cherche pas à paraître plus jeune : voilà une élégance qui n’a pas besoin de se justifier.
Ce premier contact prépare le terrain : si l’extérieur parle d’équilibre et de retenue, l’habitacle dira autre chose — et la mécanique, encore autre chose. La suite se joue dans l’accord entre ces trois langues.
Peugeot 504 Coupé Série 1 : habitacle, ergonomie et ce luxe discret qui ne fait pas de courbettes
À bord, la Peugeot 504 Coupé rappelle une vérité qui contrarie les amateurs de baroque : l’élégance ne garantit pas la fantaisie. La sellerie camel et la moquette du même ton apportent une chaleur immédiate, comme un cuir de gants posé sur un établi. Sans cela, l’ensemble serait presque sévère : tableau de bord noir, géométrie simple, instruments lisibles. Une austérité qui a le mérite d’être honnête.
Gérard, toujours lui, ne s’en formalise pas. Il a connu les années où l’on achetait une voiture pour sa cohérence, pas pour l’éclairage d’ambiance. L’instrumentation se résume à l’essentiel : compteur de vitesse, compte-tours, jauges. Au centre, des commandes groupées, une pendule rectangulaire, les interrupteurs qui tombent sous la main. Ce n’est pas un salon Louis XV ; c’est un bureau de voyage.
La boîte automatique, sur cet exemplaire, change l’ambiance plus qu’on ne le croit. Son sélecteur chromé attire l’œil, et sa présence installe une philosophie : ici, la mécanique travaille, le conducteur arbitre. Le levier lui-même, rectangulaire, n’a rien d’un bijou de joaillier ; il a plutôt le charme d’un outil. Et c’est peut-être là le gag discret de cette auto : l’objet est raffiné dehors, presque utilitaire dedans, comme un costume sur mesure porté avec une montre de chantier.
Sur la route, l’ergonomie des années 70 réclame un court apprentissage. Les commandes d’essuie-glace au tableau de bord demandent une demi-heure de reprogrammation mentale, surtout pour qui a roulé trop longtemps dans des autos où tout se commande au commodo. Les ceintures, parfois capricieuses, rappellent qu’un mécanisme ancien n’aime pas qu’on le brusque : elles exigent un geste patient, pas une démonstration d’autorité.
Ce qui surprend, c’est l’assise : confortable, mais pas spécialement enveloppante. Les sièges avant ne serrent pas les côtes, ils accompagnent. Cela colle à l’esprit “coupé d’agrément”, et cela trahit aussi l’époque : on roulait loin, parfois en veste, parfois en manteau. Une sellerie trop sportive aurait juré comme un nœud de cravate criard sur une chemise de lin.
Un détail mérite d’être souligné : la visibilité. Les montants fins, y compris à l’arrière, laissent passer la lumière. Le pavillon semble haut perché, ce qui donne de l’air à l’habitacle. Sur route de campagne, cette clarté participe à la conduite agréable : on place l’auto sans effort, on lit la route, on anticipe. Une voiture, au fond, se vit aussi par ses vitres.
Après cette plongée dans le “bureau de voyage”, le capot devient la prochaine étape logique. La 504 Coupé n’a pas besoin d’effets spéciaux : elle a une fiche technique qui raconte une époque où l’injection mécanique était une promesse de modernité.
Pour garder une trace claire, voici une synthèse utile, à la manière d’un carnet d’atelier.
| Élément | Donnée (504 Coupé 2.0 Série 1) | Ce que cela change au quotidien |
|---|---|---|
| Moteur | 4 cylindres en ligne, 1 971 cm³ | Souplesse correcte, montée en régime volontaire sans être démonstrative |
| Alimentation | Injection mécanique Kugelfischer | Démarrages nets si réglage propre, demande un spécialiste si dérive |
| Puissance | 104 ch à 5 200 tr/min | Assez pour voyager, pas pour jouer au pilote sur départementale |
| Couple | 168 Nm à 3 000 tr/min | Relances honorables, surtout en boîte manuelle ; en BVA, plus placide |
| Boîte | ZF automatique 3 rapports | Confort, mais étagement et lenteur qui calment les envies d’attaque |
| Freinage | 4 disques | Endurance et constance rassurantes pour une GT de cette période |
| Poids relevé | 1 220 kg | Compromis correct : assez de masse pour le confort, pas un paquebot |
Moteur 2.0 injection et boîte ZF : une puissance discrète qui demande du doigté
Le capot bascule vers l’avant : détail charmant, presque de carrosserie d’artisan. Dessous, pas de V6 sur cette Série 1, mais le 4 cylindres qui a fait l’ossature de la gamme. La 504 Coupé est née avec un 1,8 litre de 97 ch, rapidement remplacé au tournant de 1970 par le 2,0 litres de 1 971 cm³ donné pour 104 ch. Ce n’est pas une montée en puissance spectaculaire ; c’est une montée en couple, et donc en usage.
L’injection mécanique Kugelfischer fait partie de ces solutions d’époque qui ressemblent à une montre : si c’est réglé, c’est précis ; si c’est dérèglé, on se retrouve à courir après des symptômes qui se déplacent. Bien entretenu, ce moteur reste réputé robuste. Il a aussi une qualité souvent oubliée : il accepte de travailler sans se faire prier, ce qui sert exactement la vocation de la voiture.
La boîte automatique ZF à 3 rapports, elle, impose un caractère. Dans l’absolu, elle n’est pas une punition : elle est cohérente avec un coupé pensé pour enrouler. En pratique, elle peut frustrer ceux qui attendent une réponse vive. Les passages sont lents, l’étagement ne favorise pas les relances tranchantes, et il faut parfois “déposer une demande” pour obtenir un rétrogradage. L’image est amusante, mais elle dit vrai : la mécanique demande une intention claire.
Cela ne signifie pas que la 504 Coupé soit amorphe. Elle sait tenir une allure, elle sait reprendre, et sa performance automobile se lit dans la continuité plus que dans l’exploit. Les chiffres parlent : une vitesse de pointe mesurée autour de 170 km/h, un 0 à 100 km/h en 13,8 s en boîte auto. Ce n’est pas une fiche de rallye ; c’est un passeport pour l’autoroute d’époque et les nationales au long cours.
La consommation, elle, rappelle qu’une injection mécanique et une boîte à 3 rapports ne cherchent pas l’ascèse. En conduite coulée, il faut compter environ 12 l/100 km, et en rythme soutenu, 16 l/100 km ne choque pas. C’est le prix d’une certaine rondeur mécanique, et d’une aérodynamique qui, sans être mauvaise, n’a pas été dessinée sur ordinateur mais à l’œil et à la maquette, comme un menuisier qui ajuste au rabot.
Un point intéressant : même si le V6 PRV (arrivé avec le restylage de 1974) attire souvent la conversation, l’écart de vécu n’est pas aussi tranché qu’on le raconte parfois. Le 4 cylindres, plus léger, sert la précision du train avant. Et sur une Série 1, l’accord style/mécanique est d’une cohérence rare : la puissance discrète correspond exactement à la silhouette qui ne crie jamais.
Cette mécanique pose donc le décor : le plaisir n’est pas dans la démonstration, il est dans la fluidité. Reste à vérifier si le châssis tient sa promesse quand la route se froisse.
Pour replacer la 504 Coupé dans l’imaginaire collectif, une archive vidéo vaut parfois mieux qu’un discours. La suite laisse parler l’image, puis revient à la route.
Au volant de la Peugeot 504 Coupé : tenue de route, freinage et conduite agréable sur routes imparfaites
Une ville moyenne, des rues qui resserrent, un coupé pas exactement fait pour compter les places de stationnement : la 504 Coupé se débrouille, sans amour particulier pour l’exercice. Le gabarit reste raisonnable, la visibilité aide, et la direction — même sans assistance — ne transforme pas les manœuvres en séance de tricot. Elle est douce sans être floue, et surtout, elle informe. La main comprend ce que font les roues.
Le terrain naturel arrive dès que l’urbanisme s’efface : départementales sinueuses, revêtement inégal, raccords, bosses, cette France des routes qui n’ont pas été repassées au fer. Là, la surprise est réelle. La voiture est confortable, mais pas “molle”. Elle absorbe, puis elle se cale. Aucun flottement gênant, une stabilité qui met vite en confiance. Le châssis semble parfois plus affûté que ce que réclame le programme : c’est un compliment, et un trait typiquement Peugeot de cette époque.
Gérard, dans son rôle, ne “tape” pas dedans. Il roule sur un filet de gaz, et c’est là que la conduite agréable prend du sens : l’auto progresse comme un outil bien équilibré. Le 4 cylindres ronronne, sans la musicalité d’un italien à double arbre ou d’un anglais un peu théâtral, mais avec une constance qui rassure. Le plaisir vient de l’accord : tenue de cap, confort, et cette sensation d’être assis dans quelque chose de soigneusement pensé.
Le freinage à quatre disques mérite une mention claire. Pour une GT de cette génération, l’efficacité est au rendez-vous, et l’endurance sur route vallonnée ne donne pas l’impression de prier à chaque épingle. Cela contribue à ce sentiment “moderne” que certains évoquent : non pas par comparaison au neuf, mais parce que la voiture ne se désunit pas quand on hausse le rythme.
Et la boîte automatique, dans tout ça ? Elle continue de dicter le tempo. Sur un faux-plat, elle hésite ; sur une relance, elle réfléchit ; sur une demande de dynamisme, elle demande une requête en bonne et due forme. C’est précisément l’endroit où il faut changer de logiciel mental : la 504 Coupé en BVA n’est pas là pour jouer à la chicane, elle est là pour avaler du paysage. Qui accepte cette règle y trouve une forme de sérénité mécanique.
Une question rhétorique, pour trancher : faut-il absolument qu’un coupé soit sportif ? Ici, la réponse est non. Ce coupé est un agrément, un art de rouler qui privilégie la trajectoire propre, la suspension qui travaille, et le silence relatif de la caisse. La voiture ne donne pas envie de prouver ; elle donne envie d’arriver en forme.
Pour matérialiser cette philosophie, voici une liste simple, utile au lecteur qui hésite entre fantasme et usage réel.
- Ce que la 504 Coupé BVA sait faire : voyager loin, tenir une route bosselée, freiner sans drame, flatter l’œil des passants avec une élégance sans ostentation.
- Ce qu’elle fait moins bien : répondre au quart de tour aux relances, offrir une position de conduite “baquet”, donner une bande-son expressive.
- Le bon état d’esprit : rouler coude à la portière quand c’est possible, et garder les envies de sport pour une auto conçue pour cela.
Cette expérience de route pose une suite logique : si l’auto roule aussi bien, que vaut-elle sur le marché, et que faut-il surveiller avant de signer ? Le chapitre suivant quitte l’asphalte pour entrer dans la réalité des factures et de la corrosion.
Une seconde vidéo permet de croiser les ressentis avec d’autres essais, notamment sur la perception du châssis et des différences entre séries.
Marché 2026, cote et achat : une voiture de collection accessible, à condition de lire la corrosion
En 2026, la Peugeot 504 Coupé reste une voiture de collection relativement accessible, ce qui devient presque un compliment dans un monde où le chrome se paie parfois au prix du lingot. Sur le marché français, les écarts de prix se lisent d’abord par la carrosserie, ensuite par l’historique, enfin par la configuration. Une Série 3 à pare-chocs plus modernes (souvent dits “plastiques”) se rencontre autour de 10 000 € en état correct, tandis qu’une Série 1 comparable à l’exemplaire décrit ici gravite plutôt vers 15 000 € en moyenne, avec des variations selon la qualité de restauration et la présence d’un dossier cohérent.
Le prix d’époque éclaire le sujet : au début des années 70, un coupé 504 se positionnait comme un objet bourgeois, pas populaire. Converti en euros constants, l’effort financier était conséquent, ce qui explique la clientèle et l’entretien souvent plus suivi que sur certaines berlines malmenées. Cela ne protège pas de tout : les années, l’humidité, les stockages approximatifs finissent par gagner.
La rouille, justement, est le juge de paix. Les coupés et cabriolets assemblés à Turin ont une réputation de sensibilité accrue à la corrosion par rapport à la berline de Sochaux. Le paradoxe amuse : l’Italie a taillé le costume, mais la pluie française a parfois grignoté les ourlets. Les points à inspecter ne demandent pas une obsession, seulement une méthode : bas de caisse, passages de roues, planchers, ancrages de suspension, contour de pare-brise, et tout ce que la moquette peut cacher avec le sourire.
Côté mécanique, le 2,0 litres injection est robuste si l’entretien est suivi. L’injection Kugelfischer exige un réglage propre, des durites saines, une alimentation en carburant correcte, et un allumage en forme. Une auto qui démarre bien à froid, tient un ralenti stable et ne sent pas l’essence brute rassure. À l’inverse, une voiture qui “tousse” n’est pas forcément ruinée, mais elle annonce des heures de mise au point.
La boîte automatique ZF demande un essai routier attentif : passages, à-coups, patinage, comportement à chaud. Une BVA de cette époque peut vivre longtemps si elle a été entretenue, mais une négligence coûte vite une somme qui dépasse le plaisir. Et puisqu’il faut bien glisser une note amusée : une boîte auto mal réglée, c’est un majordome qui s’endort avec le plateau dans les mains. Ça fait rire une minute, puis ça fâche le portefeuille.
Enfin, il reste une option intelligente pour qui veut découvrir sans acheter tout de suite : la location auprès de spécialistes de l’ancienne. Certains acteurs, comme des entités “Classics” adossées à de grands réseaux, proposent des 504 Coupé en formule événement ou week-end. Cela permet un essai auto long, sur de vraies routes, et révèle vite si l’on aime ce mélange de design subtil, de retenue mécanique et de confort.
À ce stade, l’auto se dessine clairement : voiture élégante, châssis sérieux, mécanique sans esbroufe. Reste la partie la plus utile : transformer cette connaissance en décisions concrètes lors d’une visite, sans se laisser hypnotiser par les chromes.
Quelle version de Peugeot 504 Coupé convient le mieux pour une conduite agréable ?
Pour une conduite agréable au long cours, le Coupé 2.0 injection (1 971 cm³, 104 ch) est un choix cohérent, surtout en bel état de châssis et de carrosserie. En boîte automatique ZF 3 rapports, l’auto privilégie la souplesse et le confort ; en boîte manuelle, les relances paraissent plus vives, à philosophie identique.
La boîte automatique de la 504 Coupé est-elle fiable ?
La ZF 3 rapports peut être durable si l’entretien a été suivi et si le fonctionnement est sain à chaud (pas de patinage excessif, pas d’à-coups marqués, passages réguliers). Une vidange adaptée et une vérification de l’étanchéité sont des points clés lors d’un achat, car une remise en état peut vite alourdir le budget.
Quels sont les principaux points de corrosion à vérifier avant achat ?
Les zones à contrôler en priorité sont les bas de caisse, passages de roues, planchers, ancrages de suspension, baie de pare-brise et tout ce qui peut être masqué par la moquette ou des insonorisants. Sur les Coupé/Cabriolet assemblés à Turin, une inspection sur pont et un contrôle des soubassements sont fortement conseillés.
Combien coûte une Peugeot 504 Coupé en 2026 ?
En 2026, on observe souvent autour de 10 000 € pour un Coupé de série plus tardive en état correct, et plutôt 15 000 € en moyenne pour une Série 1 comparable à celle évoquée ici. La carrosserie (rouille, qualité de peinture, alignements) pèse souvent plus lourd dans la valeur que le seul kilométrage affiché.